Cet homme d’affaires zurichois, n’excelle pas seulement dans l’immobilier, de son enfance à Bombay il gardera la passion de la voile qui l’emportera jusqu’à défendre les couleurs de la Suisse aux Jeux olympiques. Si sa carrure est impressionnante, son palmarès l’est plus encore, mais ne comptez pas sur ce marin – souriant, talentueux, humble et discret – pour fanfaronner. Imperturbable, Jan Eckert garde le cap.

Jan Eckart
Jan Eckert
 Palmarès
  • 1986 à 1996: Membre de l’équipe suisse de voile
  • 1991-1992: Top dix du classement de la Fédération internationale de voile (ISAF) en Flying Dutchman
  • 1992: 3e des championnats d’Europe en Flying Dutchman
  • 1992: Participation aux Jeux olympiques en Flying Dutchman
  • 1992: 3e de la Kieler Woche
  • 1992-1996: Phases de qualification olympique en Soling****
  • 2008-2015: Deux fois champion suisse et deux fois second en Lacustre
  • 2011-2012: deux fois 3e du Bol d’Or sur Full Pelt X (monocoque)
  • 2014-aujourd’hui: D-35 Trophy sur Django Racing

L’histoire commence sur le voilier familial: « Ces premiers bords tirés sur les rivages indiens m’ont laissé une forte impression, je vois encore le bateau, il s’appelait le Caramba » se souvient-il. De retour en Suisse, la passion s’ancre un peu plus dans le cœur du jeune Jan. Il navigue alors sur le Greifensee près de Zurich et convainc ses parents d’échanger leur bateau contre un 470. Accompagné de son frère, il profite de chaque période de vacances pour naviguer sur les côtes belges. « J’ai beaucoup appris lors de mes virées en mer du Nord, particulièrement la navigation par vent fort » badine-t-il.

La voile olympique

Sa carrière de sportif décolle, d’abord les compétitions nationales et très vite, il est happé, ainsi que son frère, au niveau international. Grands et baraqués, les frères Eckert passent rapidement du 470 à la classe des Flying Dutchman** et visent les Jeux olympiques. En 1992, le rêve devient réalité, Jan participe aux Jeux de Barcelone. Le moment le plus intense de sa vie de sportif se concentre sur cette période olympique. « Je garde un formidable souvenir des phases de qualification pour les Jeux d’Atlanta, entre 1992 et 1996, mes frères et moi avons navigué à travers toute l’Europe. »

Jan Eckert est heureux et satisfait de son parcours sportif. « Ma participation aux Jeux olympiques reste ma plus belle prouesse » dit-il avec un sourire timide, même si sa dernière fierté en date remonte à 2013, lorsqu’il termine 12e sur 300 cents bateaux lors des Finn Masters World.

Toujours au top niveau

Il confie aimer partager un verre de vin entre amis et admirer le coucher du soleil depuis un bateau moteur, mais Jan Eckert ne s’est pas retiré de la compétition et entame sa troisième saison sur le prestigieux championnat des Décision 35. Racing Django et son équipage comptent aborder la première moitié du classement. « Régater contre Alinghi, Tilt, Ladycat et les autres équipages est extrêmement intense mais nous avons notre place dans ce championnat et comptons bien le prouver. » C’est dit, les Formules 1 du Léman n’ont qu’à bien se tenir. Pas de trêve hivernale non plus pour Jan qui navigue régulièrement en Espagne sur Finn Dinghy***. Il s’entraîne et régate au sein de la Dinghy Academy qui prépare de jeunes navigateurs aux Jeux olympiques. Sur quinze au total, cinq d’entre eux sont déjà qualifiés pour Rio. Pour le sportif « c’est une chance extraordinaire de pouvoir m’entraîner avec les meilleurs et de rester proche de la communauté des athlètes olympiques. »

Toujours modeste, le navigateur admet qu’il n’est pas simple de gérer les succès et les déceptions propres au sport et déclare: « il est possible de gagner une course mais rester au sommet pendant plusieurs années est une autre histoire. » Selon Jan, le sport est comme un miroir du monde des affaires car « réaliser une bonne transaction est agréable, mais rester leader dans son domaine pendant des décennies requiert du travail, un investissement sans failles et beaucoup de passion. »

Une passion de jeunesse

Très jeune déjà, Jan Eckert s’est imprégné de la culture vélique. Membre du Zürcher Segel Club, il a appris en observant et en copiant les navigateurs plus expérimentés. Aujourd’hui, il aime naviguer en famille sur le lac de Constance et profiter de son Lacustre, un voilier classique racé, destiné à la régate. « Les bateaux classiques me font rêver, j’aime l’élégance de leurs gréements, l’histoire qu’ils racontent, leur style intemporel, mais ces beautés demandent de l’entretien et du temps, ce qui me manque le plus. »

Le businessman avoue ne pas avoir d’autre passion que la navigation. Ambitieux, avec un tempérament de gagnant, il avoue n’avoir guère de place dans sa vie pour un autre amour. Le champion se concentre sur la voile, un sport exigeant qui impose un engagement physique et moral intensif.

D’ailleurs, on ne plaisante pas avec « mer » nature, même la Méditerranée se voit touchée par des coups de vent violents. Naviguer dans des vagues puissantes par 25 nœuds sur un Finn Dinghy laisse peu de place à l’erreur. « Je n’ai pas souvent eu peur en bateau mais dans de mauvaises conditions, chavirer peut devenir extrêmement périlleux, rétablir le bateau demande de repousser ses limites physiques et un deuxième chavirage peut ensuite s’avérer fatal. C’est encore plus vrai dans l’eau froide. Et en Décision 35, attention les sensations fortes ! Ces multicoques sont particulièrement puissants, leurs accélérations intempestives à la moindre brise requièrent une attention de chaque instant. Naviguer au près et passer la marque au vent demande une bonne dose de maestria et un équipage parfaitement rodé aux automatismes nécessaires à la manœuvre. Une erreur, et le multicoque peut enfourner et propulser les équipiers par-dessus bord. « Par vent fort, je me fie aux instruments de bord pour régler mon approche sur la bouée. Je tente de rejoindre les valeurs optimales, de vitesse et d’angle, qui me permettront de passer la marque en minimisant les risques et sans perdre de précieuses secondes. Quand tout se passe comme prévu, on est gratifié d’une accélération fulgurante. »

La voile en Suisse

La navigation a le vent en poupe en Suisse. Ce petit pays sans accès à la mer peut se targuer d’avoir vécu des moments de voile historiques, notamment lorsqu’Alinghi a ramené la prestigieuse Aiguillère d’argent – trophée de la Coupe de l’America – sur le sol helvétique. Mais pas seulement, « en terme de construction navale, la Suisse dispose d’un savoir-faire notoire représenté par des industries parmi les plus reconnues sur le plan international. C’est le cas par exemple de Décision, Psaros, Wilke AG, Ravussin Concept, Lüthi ou C-System. » explique Jan Eckert. Il précise par ailleurs que « la voile attire de nombreux jeunes, le terreau est fertile, mais en Suisse les structures et l’accompagnement nécessaires aux sportifs sont très peu développés. Nous manquons d’un programme national fort et cohérent qui soutiendrait les athlètes depuis leurs débuts en Optimist jusqu’aux plus grandes compétitions. C’est ce qu’a déjà entrepris l’Autriche avec un certain succès. »

Pour le Zurichois, si son lac natal permet aux jeunes générations de faire connaissance avec la navigation, c’est la position stratégique de la ville – au centre de l’Europe – qui doit être utilisée comme un tremplin vers les meilleurs spots de voile. Les navigateurs acquièrent alors une expérience riche grâce aux conditions variées qu’ils rencontrent. Ainsi, d’excellents navigateurs sont originaires de cette ville même si son lac est paisible et peu venté.

Quel avenir pour les voiliers de compétition?

Si les bateaux volants font beaucoup parler d’eux depuis la dernière coupe de l’America, Jan Eckert y voit surtout une formidable source d’innovation, applicable aux embarcations traditionnelles. Ces multicoques du futur sont l’équivalent de la Formule 1 dans l’industrie automobile, ce sont des prototypes en constante évolution. « Nous profitons tous des sauts technologiques offerts par ces bateaux et des compétitions qu’ils engendrent, particulièrement en termes d’équipement et de sécurité. Rares et destinés aux professionnels, les catamarans à foils et à aile rigide ne font pas encore le poids par rapport aux milliers de monocoques barrés par des amateurs passionnés » déclare Jan avant de poursuivre: « J’ai beaucoup de plaisir à faire le Bol d’Or sur un Décision 35 high tech, au sein d’une classe de onze équipages, mais gagner cette compétition sur un Surprise devant une centaine de bateaux reste un formidable exploit. » Pour notre interlocuteur, la voile de compétition se transforme à l’image de la Segel Bundesliga, championnat allemand des clubs qui voit les meilleurs navigateurs s’affronter tout au long de la saison sur des embarcations traditionnelles. « C’est un format neuf et moderne qui garantit d’attirer les jeunes talents. La voile continuera de progresser sur le plan de la technique mais aussi à travers l’évolution des compétitions traditionnelles. »

Pour Jan Eckert par contre, pas question de s’embarquer pour une transatlantique ou un tour du monde. « Je dois être au bureau lundi. »


*470 : Dériveur à deux équipiers
** Flying Dutchman : Dériveur léger à deux équipiers
*** Finn Dinghy : Dériveur monotype. Se barre en solitaire.
**** Soling : voilier de type quillard à trois équipiers.

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