Retour vers les années cinquante et soixante, lorsque tous les concepteurs automobiles américains imaginaient un avenir où les citoyens de l’ère spatiale seraient propulsés à bords de voitures à réaction à la Flash Gordon. Dean Arnold, constructeur automobile d’expérience, revient sur sa vision futuriste de l’époque…

Elle venait de loin…

Une tornade de poussière, un gigantesque sillage… ou peut-être une trainée d’avion ? Difficile à dire avec certitude. Mais seconde après seconde, centimètre après centimètre, plus elle s’approchait, mieux on discernait la forme qui précédait le nuage. Elle ne ressemblait pourtant à rien de ce que l’on connaissait. Cloués sur place, nous observions son implacable progression sur la surface lunaire du lac El Mirage. L’engin extraterrestre, création irréelle, étincelante, flamboyante, parcourait le lac asséché : calandre aiguisée, lignes balayées, toit transparent. Mais de quoi s’agissait-il ? D’un vaisseau spatial ? D’un avion ? D’une sorte de navette terrestre à réaction ne fonctionnant qu’avec un moteur à impulsion ?

Le regard de l’Amérique de la fin des années 40, des années 50 et 60, après la Grande Dépression et la Seconde Guerre mondiale, était entièrement tourné vers l’avenir et ses promesses. Les élégants chasseurs à réaction sillonnaient le ciel à toute vitesse, les avions de ligne étaient toujours plus imposants et toujours plus rapides, et les terminaux intercontinentaux futuristes se multipliaient à travers la nation. Et bien sûr, il y avait l’espace et ses promesses de fabuleuses stations orbitales, et ce voyage vers la lune, déjà mythique.

Dean Arnold s’extrait de la Thunderflite, véhicule futuriste au toit de verre arrondi et lance en souriant « Ma femme et moi avions dessiné la voiture sur une serviette. Nous tentions d’imaginer comment, à la fin des années cinquante et au début des années soixante, les choses auraient pu se passer si General Motors avait pu construire la voiture de ses rêves. »

Une vision futuriste

A l’époque, des hommes comme Harley Earl, directeur artistique chez General Motors depuis 1927, proposaient une vision élégante du futur à un public véritablement assoiffé de nouveautés. Un futur qui, malheureusement, ne s’est toujours pas réalisé. Aux yeux du monde entier, les Club de Mer, Golden Rocket et autres Buick Centurion de 1956 semblaient dotées de la puissance d’une fusée et prêtes à léviter à tout moment. Malheureusement, la flambée des coûts et les nouvelles stratégies marketing ont mis un terme à tous ces rêves. Pourtant, des années plus tard, cette ère visionnaire a profondément inspiré Dean Arnold…

« Je me demandais toujours ce que cela aurait pu donner, si Ford Motor Division avait décidé de construire sa propre voiture du futur » poursuit Arnold alors qu’il dépoussière le toit de verre. « Quelle aurait été exactement leur vision d’une Thunderbird radicalement nouvelle dans les années soixante ? » Il faut reconnaître que la question ne manque pas d’intérêt.

« Sur cette serviette, ma femme et moi avons essayé d’imaginer ce à quoi aurait pu ressembler le concept Ford. Nous avons imaginé une forme extérieure élégante et pure, dotée d’ailes recouvrant les quatre pneus » poursuit Dean. « Le résultat ? Une carrosserie rappelant le fuselage d’un avion, équipée d’ailerons qui semblent surgir de partout. »  Dean et sa femme ont continué à travailler à leur rêve. Ils l’ont doté de sièges finement sculptés tout droit sortis d’un projet d’avion de chasse top secret. Bien sûr, les commandes et compteurs se devaient d’avoir le même aérodynamisme. Enfin, la voiture serait surmontée de deux coupoles en verre.

De l’imagination à la réalité

Vint ensuite l’étape où construire le rêve devenait une nécessité. « Nous avions imaginé un scénario selon lequel Ford se serait rendu compte, dans les années soixante, que le monde changeait et aurait abandonné son concept élaboré et futuriste » continue Arnold, tout en scrutant les détails parfaits et élégants de la Thunderflite. « Ce scénario suggérait que Ford ne pouvait pas dévoiler la voiture construite, car ils seraient totalement en décalage avec la tendance actuelle. Finalement, dans le dernier chapitre de notre fiction, Ford mit son concept au placard et l’oublia complètement. Cependant, comme souvent dans la réalité, avec les années, une légende s’installa autour du projet oublié depuis longtemps ». Un sourire éclaire le visage de Dean lorsqu’il se souvient de son concept : « La dernière pièce du puzzle conte l’histoire de Suzie et Dean Arnold qui découvrent la voiture et décident de la restaurer dans son état d’origine. »

Muni du croquis réalisé sur la serviette et de son scénario de fiction, Dean est allé frapper à la porte de Don Johnson. Don est un consultant indépendant spécialisé dans la conception d’automobiles et de yachts. Son expérience aux côtés d’entreprises de renom et les nombreux projets variés et complexes sur lesquels il a travaillé font de lui le partenaire idéal pour réaliser le concept Thunderflite. Sur la base du croquis de Dean et Suzie, Johnson élabore toute une série d’études de design, en attachant une importance particulière à tous les détails décisifs pour l’avenir du projet.

« Nous avons trouvé la voiture de base et l’avons achetée pour environ 500 euros » dit Arnold alors que ses yeux parcourent mentalement le document de construction. Heureusement, la Thunderbird n’a aucun secret pour Dean. « J’en ai effectivement construit une il y a quelques années, en utilisant un toit de Starliner de 1961. Tous les magazines en parlaient. Ensuite, peu de temps après, nous avons construit une seconde T-Bird. » En réalité, Dean Arnold a construit des voitures pendant 40 ans. Son premier trophée, il l’a décroché à l’âge de 13 ans à Tacoma, dans l’Etat de Washington, pour les plus belles peinture et décoration sur une course de caisses à savon. Le design de la voiture constituait clairement la partie la plus décourageante du projet. « Le plus gros problème n’était pas de créer la forme initiale » explique-t-il en grimaçant au souvenir des milliers d’heures de travail nécessaires à la construction de sa Thunderflite. « Le plus difficile et le plus long fut de dessiner des courbes fluides et nettes… et nous n’avions pas encore les coupoles en verre ! »

Dean a construit pratiquement toute la voiture d’El Mirage à la main, y compris les ailerons et le pare-chocs avant. Il a passé des journées entières à raccourcir, étirer et travailler la tôle sur sa Roue anglaise pour obtenir un concept parfait et donc, crédible. Et lorsque l’on jette ne serait-ce qu’un œil rapide aux photos, il est évident que la Thunderflite relève autant de l’art que de la mécanique. Prenons par exemple les détails ‘perforés’ entre les deux coupoles. Dean hoche la tête au moment où nous mentionnons ce détail. « L’inspiration m’est venue de 20’000 Lieues sous les Mers et du sous-marin Nautilus du capitaine Nemo. Aujourd’hui, tout le monde s’émerveille devant ce détail » sourit-il.

Zoom sur la Thunderflite

Abandonnons pour l’instant le design. La Thunderflite de Dean est équipée d’un moteur V8 202ci chromé aux accents rouge métallisé, de flexibles Koolflex et d’un ventilateur et radiateur Flex-A-Lite. Un collecteur d’admission Holley et un carburateur 650 sont placés par-dessus. La voiture est également équipée d’un double pot d’échappement Cherry Bombs. La transmission est d’origine mais légèrement modifiée, et le train arrière indépendant provient d’une SHO Thunderbird de 1994. Le véhicule est doté de freins à tambours à l’avant et de freins à disques à l’arrière.

En considérant la Thunderflite, plusieurs éléments sautent aux yeux : ses courbes sont naturelles et irréprochables, la peinture House of Kolor laisse à penser que la voiture a été taillée dans un bloc solide d’aluminium, sans parler de ce fameux double toit en forme de bulle ! « Quand nous avons commencé, nous pensions que le toit serait une simple formalité, quelque chose que tout le monde avait déjà fait » nous confie-t-il avec un petit rire narquois. « Mais en réalité, il nous a fallu trois mois pour fabriquer cette fameuse pièce. Après dix tentatives infructueuses, nous avons découvert l’entreprise Flex-A-Lite, qui nous a aidé à obtenir ce résultat. »

Une fois terminée, la Thunderflite a été exposée au SEMA show à Las Vegas. Si Dean a construit de multiples voitures et présente un nouveau projet au SEMA show chaque année depuis 1988, ce projet-ci est quant à lui unique. « La Thunderflite est l’une des voitures les plus photographiées parmi toutes celles que j’ai construites, et les réactions à Las Vegas ont été incroyables. » La fierté qu’éprouve Dean est clairement perceptible. « En réalité, nous n’avons pas pu nous en approcher pendant le show. » Cerise sur le gâteau, un sondage a élu la Thunderflite voiture la plus cool parmi toutes les voitures exposées. Les succès du début gardent aujourd’hui une place à part dans les souvenirs de Dean, mais ce voyage à El Mirage fut, à juste titre, un moment d’émotions intenses. Car en cette journée, il a pris le volant de la Thunderflite pour la première fois. Et c’est ici, sur ce lac asséché, qu’il a enfin eu le temps et la place de profiter de sa réalisation. « Le plus étrange, c’est cette impression de voler. La suspension air-ride permet aux roues de tourner librement et l’optique du toit de verre est parfaite, même si je devrais peut-être l’équiper d’une caméra de recul ! » Une création époustouflante qui reflète à merveille la devise de Dean : ne laissez jamais tomber, n’abandonnez jamais, faites de votre mieux et la vie fera le reste.

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