Horlogerie

Panerai. Quand l’Histoire retient son souffle

By 19 novembre 2018 No Comments

Avec sa communauté d’adeptes, l’enseigne florentine aux ancrages neuchâtelois s’installe dans le troisième millénaire avec la même aisance que son CEO Jean-Marc Pontroué autour d’une table d’interview. Focus sur une love marque.

Dans l’histoire horlogère, les armées des pays où se gagnèrent les grands combats de la précision chronométrique ont joué un immense rôle à la fois dans l’économie du secteur et la recherche. Il reste encore chez le consommateur final, n’en déplaise aux plus acharnés des pacifiques, une inclinaison particulière pour ces montres dites tool watches, qui sont plus des instruments de mesure du temps que des indicateurs statutaires. Ainsi, challengées par les armées et leurs potentiels de commande, les marques horlogères réalisèrent d’importantes avancées. Face aux cahiers des charges précis et aux attentes des commanditaires militaires, elles créèrent des modèles de légende.

Les Panerai ont bel et bien existé

Ne minimisez jamais les devantures horlogères qui résistent encore autour de vous, dans vos cités. Car ce sont d’elles que partirent, dans l’histoire, les plus fascinantes aventures entrepreneuriales que l’époque actuelle a transformé peu à peu en marques. L’horloger Giovanni Panerai (1825-1897) installe son échoppe, sur le Ponte alle Grazie à Florence. Il a 25 ans et son fils Léon Francesco naît en 1951. Après quelques déménagements, c’est finalement au Palais Archiépiscopal de la Piazza San Giovanni, encore aujourd’hui l’adresse du siège, qu’il ancre son Officine Panerai, un magasin doté d’un atelier dont on estime qu’il fut aussi le berceau de la première école d’horlogerie à Florence.

Au nombre des points historiques qui ne peuvent pas forcément être véhiculés par la direction actuelle de la marque, concurrence oblige, il en est un qui lie la marque italienne à la Suisse et qui, indirectement, légitime de manière indiscutable l’ouverture en 2002 de la Manufacture Panerai à Neuchâtel. En effet, tandis que le commerce troque son appellation initiale G. PANERAI & C pour OROLOGERIA SVIZZERA, l’héritier Léon Francesco Panerai ajoute à son activité initiale de vendeur de montres celle de grand fournisseur de pièces détachées et d’outillages d’horlogerie. Il va même jusqu’à répertorier et tarifer dans un catalogue qu’il imprime à 50’000 exemplaires, ce qui accessoirement représente le plus grand catalogue horloger du monde, tout ce qui fait la production horlogère suisse de l’époque. Il devient d’ailleurs naturellement distributeur officiel de marques suisses telles que Rolex, Longines, Vacheron Constantin, Movado, Patek Philippe et, pour deux qui ne sont plus en exercice, Angelus et Buren.

De la poudre luminescente qui se transforme en montre mythique

Guido Panerai, l’un des quatre enfants de Léon Francesco et donc le petit-fils du fondateur, entretient des liens étroits avec un certain Carlo Ronconi, un officier de marine. Ensemble, ils travaillent à rendre visibles la nuit les objectifs et viseurs sur divers instruments de tir. Ainsi naît Radiomir, un enduit luminescent fabriqué à partir d’une poudre à base de sulfure de zinc, de mésothorium et de bromure de radium. Un brevet est déposé en France le 23 mars 1916. Avec ses excellentes propriétés adhésives sous l’eau et sa grande visibilité, cette substance scelle le destin de l’horloger à celui de la marine nationale italienne. Elle se destine en effet à la réalisation de boussoles, d’altimètres, de cadrans et de tachymètres.

A l’orée de la Deuxième Guerre Mondiale, la marine italienne, désireuse de doter ses nageurs de combat des meilleurs équipements, réclame à Panerai une montre étanche résistante, visible sous l’eau et en profondeur. Naît alors en 1938 et en série, sur la base d’un premier prototype réalisé en 1936, ce que l’histoire considère comme étant la première montre de plongée. Fond vissé, couronne imposante facilement utilisable avec des gants, structure de boîtier solidifiée grâce à ses généreux 47 mm de diamètre. L’esthétique de son cadran est également dictée par le désir d’optimiser la visibilité, avec des chiffres romains pour les heures 1, 2, 10 et 11 et des chiffres arabes pour les 4, 5, 7 et 8 heures. Quant à son calibre, il s’agit d’un Rolex/Cortebert, le mouvement 618 à remontage manuel. Dans les années 1940, la marque florentine peaufine la quête d’étanchéité de ses boîtiers en créant ce qui devient l’un de ses signes distinctifs esthétiques: un pont à levier, comme une demi-lune en acier, qui protège la couronne des tensions constantes induites par les mécanismes.

Retour vers le futur

La substance radioactive Radiomir est devenue le Luminor. En 1980, Maria Teresa Abetti Panerai prend la direction d’une entreprise qui, après la guerre, semble s’être éteinte. Elle lui offre une talking piece mémorable, un prototype en titane étanche à 1’000m. Rachetée en 1997 par le groupe Richemont (d’abord Vendôme Luxury Group), la marque Panerai retrouve le chemin des terroirs horlogers d’origine avec l’implantation d’une Manufacture à Neuchâtel en Suisse, et la fabrication de ses propres calibres, ainsi que des percées d’innovation du côté des matériaux.

A noter qu’on ne sait aujourd’hui que très peu de choses sur la montre chronographe à deux compteurs Radiomir, à tel point que les chercheurs de trésors horlogers en ont fait un graal existentiel. Les séries spéciales sont dès lors devenues la signature préférée de Panerai depuis que 60 calibres Rolex/Cortebert encore protégés par leur emballage d’origine ont été retrouvés lors du rachat de la société. Nous sommes en 1998, tout juste 60 ans après la première Radiomir en 1938. Le ton est donné, il n’y en aura que 60.

Nouvel ambassadeur de la firme Officine Panerai, Guillaume Néry n’est autre que le quadruple recordman du monde et double champion du monde d’apnée en poids constant. L’athlète niçois dont le parcours de l’extrême a débuté à 14 ans considère «  la plongée comme une expérience intérieure ». A son poignet, il a accroché la Luminor Submersible 1950 Amagnetic 3 Days Automatic Titanio PAM1389. Il exerce aujourd’hui sa discipline en mode didactique et contemplatif, et ses films sous-marins font des millions de vues.

Les Paneristi

Ils sont une race de collectionneurs horlogers à part. Ils ont tant d’affection pour leur marque qu’ils en sont devenus de facto les gardiens. Rien ne leur échappe, aucun management de la marque ne prend le risque de les froisser, de les brusquer. Qu’on les y autorise ou pas, ils donnent leur opinion, sans langue de bois. Ils réclament les primeurs, s’entichent des modèles rares, font monter les enchères. Ils entretiennent le mythe et dictent la tendance. Ils ont leur site officiel sur lequel s’échangent des pièces et des accessoires et surtout, via leur forum, des opinions. D’ailleurs, aux Etats-Unis, Jean-Marc Pontroué, CEO depuis moins d’une demi-année, réservait début septembre 2018 son interview de rentrée à l’un d’eux: Khalil Ghorbani, avec son blog Panerai Central et son compte Instagram, incarne l’opinion des Paneristi en version « pouvoir médiatique » américain.

www.panerai.com/fr/home.html
www.paneristi.com
www.paneraitraits.com

Editeur:

A à Z Editions
Rue de Lausanne 42
1201 Genève – Suisse
Tél: +41 22 906 77 77

Chef de produit:

Simon Berliere, sb@roadbook.ch
Tél: +41 22 906 77 70

Publicité:

A à Z Editions
Rue de Lausanne 42
1201 Genève – Suisse
Tél: +41 22 906 77 77

Adresse:

Roadbook Magazine Suisse
Rue de Lausanne 42
1201 Genève – Suisse
Tél: +41 22 906 77 77
info@roadbook.ch

© 2016 Roadbook Magazine. | Site web Debray / Huit/Onze