Ils sont l’énergie, la créativité et la relève de l’horlogerie. Hors des groupes, en marge des logiques seulement financières, ils ont opté pour une voie jonchée d’embûches. Excursion en terres d’indépendance…!

Leur rendre visite, c’est s’ouvrir à la magie. Ils ont pour modèles Rolex et Patek Philippe, suprêmes incarnations de l’indépendance, suivies par quelques familiales, Audemars Piguet ou Chopard. Il y a aussi, les Oris et les Carl F. Bucherer… Puis, il y a les pionniers de la nouvelle horlogerie, Maximilian Büsser avec MB&F, récemment honoré du prix Gaïa, Urwerk de Félix Baumgartner et de Martin Frei ou encore De Bethune. Enfin, il y a les maîtres, gardiens des complications et des savoir-faire. En version Manufacture François-Paul Journe, Greubel Forsey puis Laurent Ferrier, pour les mieux installés et en version artisan solo, Philippe Dufour, Jean-Daniel Nicolas (alias Daniel Roth), Kari Voutilainen, Antoine Preziuso, Cédric Johner ou Rexhep Rexhepi de Akrivia. Tous ont en commun le même feu sacré que les membres de l’AHCI, l’Académie des Créateurs Indépendants. Un feu que l’on doit, il y a plus de trente ans, aux horlogers toujours actifs Sven Andersen et Vincent Calabrese.

Ecrire sur les indépendants qui sont à l’horlogerie ce que les petits labels sont au showbiz et à ses majors, c’est se faire des ennemis. Car, lors d’un prime-time, tous ne peuvent pas être sur scène même si chacun mérite son heure de gloire. Et puis, ça énerve les grandes enseignes que l’on s’épanche sur ces nouveaux venus nombreux, passionnants, créatifs. Pourtant, leurs visages de jeunes pousses aiguisent parfois des appétits supérieurs. Alors, quand ils ne tiennent pas eux-mêmes salon en marge des grandes expositions, comme le SIWP au Casino de Genève, on les rachète ou on les invite, leur créant ici un carré à eux, le «Carré des Horlogers», là leurs propres «Ateliers».

Un superbe coup de Krayon dans le ciel
Un tour d’horizon au monde des indépendants? Allumons les feux de ce survol par de superbes couchers de soleil: ils sont indiqués de manière précise par une nouvelle complication horlogère signée Krayon, un bureau d’étude fondé par Rémi Maillat. Son garde-temps Everywhere, qui transcende la poésie universelle des habitudes du soleil, regorge de considérations existentielles. Son ultra simplicité de lecture donne du premier coup d’œil deux durées, celle du jour qu’il reste à vivre dans la journée, ou, par contraste de couleur, celle de la nuit qui doit encore s’écouler avant que la clarté du nouveau jour n’arrive. Enoncé ainsi, ça n’a l’air de rien. Pourtant, sous cette définition simple et via une zone périphérique gérée par un disque dont le bleuté sombre et le blanc crème varie en fonction du temps qui s’écoule, se cache un instrument horaire et calculateur universel de presque 600 composants. Un ordinateur mécanique capable d’indiquer le moment du lever et du coucher du soleil depuis n’importe quel endroit du monde, sous n’importe quelle latitude. Bravo, l’Everywhere Horizon vient de recevoir le Prix de l’Innovation Grand Prix d’Horlogerie de Genève (GPHG 2018).

Embarquement immédiat avec Armin Strom
S’offrir un garde-temps unique, hors de l’offre catalogue ? La demande est dans l’air, elle a été prise très au sérieux chez Armin Strom qui a créé un configurateur modèle sur le marché. Car pour ce fleuron d’une indépendance horlogère à taille humaine et à visage micro-manufacturier, le concept du sur-mesure est une composante identitaire historique à l’image de la petite languette, à 6h, offerte à la personnalisation par gravure d’initiales ou d’armoiries. Côté moteur de la montre, puisqu’il est conçu, fabriqué et fiabilisé à l’interne, dans son architecture de base figurent déjà les axes de développements futurs. De l’interchangeabilité de certains composants, grâce à la multiplicité d’encombrements et d’espaces pensés pour être modulés, naît le modèle de mes rêves, à la fois concentré d’excellence horlogère et expression intime. Et tandis que je cogite ainsi sur son visage, Armin Strom occupe l’actualité avec sa Dual Time Resonance Masterpiece 1: deux mouvements indépendants placés côte-à-côte dans un boîtier ovale exclusif.

Plus au nord, la micromécanique mouvante de NORD ZeitMaschine
Cette marque peut tout simplement faire perdre le nord tant ses modèles réinventent l’affichage. La première fois que j’ai été confronté à une Variocurve, le modèle des débuts de Daniel Nebel (dont les initiales se retrouvent dans le mot NorD), j’ai cru croiser, en accéléré et via une vidéo sur Youtube, une tour Eiffel avinée. Car l’aiguille centrale, dans sa façon de bouger, voire de tituber, rend la lecture du temps aussi différente que désirable: cinétique des affichages, course elliptique. Etrange, l’œuvre persistante et courageuse de cet horloger constructeur qui semble avoir transformé les armatures horlogères de ses calibres en territoires industriels où se profilent des derricks et des esthétiques portuaires.

Hauts et bas, par Ludovic Ballouard
Des chiffres à l’envers qui désigne, sur le cadran de son Upside Down, le seul qui est à l’endroit et donc à l’heure. Puis, toisant de sa pointe ces repères dérangés, une aiguille solo qui se ballade tranquillement et renseigne sur les minutes. En 2009, ce Normand procédait, après avoir été chez Franck Muller puis chez François-Paul Journe, à son grand débarquement en terres d’indépendance. Sa montre a toujours ce je ne sais quoi de parabolique. Car elle est née en pleine crise financière, en pleins chiffres barbouillés. C’est poétique à l’envie.

Ochs und junior, dépouillements inventifs
L’œuvre de Ludwig Oechslin est parcourue de savoirs transversaux mis en résonance. L’homme n’est pas seulement un maître horloger des plus prolifiques et inventifs, il est à l’origine de cette marque alternative. En fondant en 2006 ochs und junior, cet astronome-physicien-mathématicien-ex-conservateur-de-musée et son associé Beat Weinmann créent un business model original: traduire en prototypes concrets, puis en petites séries, des inventions horlogères. Vente directe, depuis Lucerne et à partir d’un site internet exhaustif. Cette marque rare choisit d’explorer quatre complications horlogères: phases de lune avec selene, quantième annuel avec anno, date avec mese et double fuseau horaire avec due ore. Du concentré d’efficience micro mécanicienne au design orienté bauhaus.

ArtyA ou l’Arpanisation du secteur horloger
Ce créatif-là inspire l’ensemble du secteur. De grandes marques, bien implantées, des groupes mêmes, ne cessent, évidemment sans le clamer, de conjuguer les idées d’Yvan Arpa. Car cet ancien mathématicien, féru de self-control et d’arts martiaux, est un serial concepteur. On lui doit notamment, depuis sa montre Titanic chez Romain Jerome, toute espèce de matériau qui, même à doses anecdotiques, est infiltré, glissé, fondu dans une montre: de la gomme usée de pneumatiques victorieux de grands prix, de l’ADN des cheveux d’un despote français, de l’acier damassé de vieux et nobles fusils, de fromage suisse vinylisé dans une talking piece… Accoucheur de premières mondiales, on lui doit bien d’autres apports à l’ensemble du domaine.

Cyrus, un tourbillon à la verticale

Il était une fois au Locle, Jean-François Mojon alias Chronode, un prince ès complications. Fournisseur en calibres maison de la marque Cyrus, il en est devenu la Manufacture attitrée. Sur fond de trésors mésopotamiens…

Depuis 2010, la légende du fondateur de l’empire perse, Cyrus le Grand, celui qui fit de Babylone l’une de ses énièmes conquêtes, est entrée en horlogerie. Elle rime avec cette enseigne de niche qui produit annuellement environ 600 garde-temps et dont la créativité micromécanique et les innovations brevetées repoussent les frontières du possible. Car elle peut compter sur l’aura de l’horloger concepteur de renom Jean-François Mojon, père de la toute première montre digitale mue par un calibre mécanique, la fameuse dG Meccanico de la marque de Grisogono, père du chapitre Dix de la saga des Opus d’Harry Winston, et bien sûr, géniteur d’incroyables réalisations pour une brochette d’enseignes prestigieuses.

Aujourd’hui, le tourbillon installé à la verticale au cœur d’un modèle de la collection Klepcys, occupe l’attention des passionnés. Combien d’horlogers émérites ont-ils tenté d’aboutir le système inventé par Abraham-Louis Breguet, ce fameux tourbillon avec son organe réglant installé dans une cage tournante? De nos jours, on sait que sa performance maximale était prévue pour des pièces posées à plat ou pendues au bout d’une chaînette, bref pour des chronomètres de marine ou des montres de poche. Le cas des horlogers Greubel Forsey est connu. Ils optèrent eux, et c’est leur signature, pour un mécanisme en position inclinée. Jean-François Mojon participe à cette quête avec cette première présentée cette année à Baselworld. La nouvelle Cyrus Klepcys Vertical Tourbillon est une œuvre d’art, entièrement en titane DLC noir, en or rose 18 carats, voire en version bicolore. Sa dimension de grande roue survolant sous un dôme le reste du paysage cadranier, aurait certainement plu à Cyrus le conquérant, observant depuis son palais la ville de Babylone fraîchement conquise.

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