Non classé

Pilotes polyvalents

By 2 novembre 2018 No Comments

La victoire de Fernando Alonso aux 24 Heures du Mans, un an après avoir manqué de peu de s’imposer à Indianapolis, a ravivé la recherche du graal absolu que seul Graham Hill a réussi à décrocher : remporter les trois épreuves les plus prestigieuses du sport automobile : le GP de Monaco, les 24 Heures du Mans et les 500 miles d’Indianapolis.

La seule présence d’Alonso, aux côtés de ses coéquipiers Sébastien Buemi et Kazuki Nakajima, anciens pilotes de F1, ou celle, victorieuse, de Nico Hülkenberg en 2015, rappelle les années 1950 à 1970 où les pilotes polyvalents passaient régulièrement, semaine après semaine, des Grands Prix aux courses d’endurance. A cette époque, les championnats de Formule 1 comptaient moins d’épreuves, ceux d’endurance étaient plus attractifs et leurs calendriers respectifs étaient harmonisés de telle sorte qu’ils se complétaient plutôt que de se faire concurrence.

Deux parmi les plus grands pilotes de F1 furent même des figurants directs de la catastrophe du Mans qui fit plus de 80 morts en 1955. Au volant de sa Jaguar, Mike Hawthorn venait de dépasser Pierre Levegh dont la Mercedes fonça subitement dans la foule, suivi de près par Juan Manuel Fangio qui, miraculeusement, évita l’accident. Tout cela sous les yeux de l’artiste Jean Tinguely, passionné de sport automobile, qui restera à jamais marqué par cette effroyable tragédie.

Fort heureusement, cette catastrophe ne se renouvela jamais et l’on assista au contraire à des passes d’armes fantastiques opposant des pilotes de F1 au volant de prototypes Porsche, Ferrari, Alfa Romeo, Jaguar, Matra, Ford, Renault et bien d’autres, tant il est vrai qu’outre le prestige lié à la victoire, les épreuves d’endurance constituaient des tests de performance et de fiabilité indispensables au développement de l’industrie automobile.

Des duels d’anthologie
Bien que les 24 Heures du Mans en soient l’épreuve phare, l’endurance ne se limite pas à ce seul rendez-vous de la mi-juin. De nombreuses courses de 1’000 kilomètres constituent l’essentiel de ce championnat mondial, sans oublier la Targa Florio, une épreuve courue jusqu’en 1973 sur un tracé de plus de 70 km traversant 3 zones de végétation dans la montagne sicilienne, et dont les premiers essais se disputaient sur routes ouvertes où l’on assistait au spectacle unique de prototypes Ferrari, Porsche ou Alfa Romeo traversant des villages à pleine vitesse, croisant  ou dépassant des troupeaux de chèvres ou des convois funèbres ! Stirling Moss, Graham Hill, Wolfgang von Trips et Jo Siffert figurent entre autres au palmarès de cette épreuve hors normes, voire hors du temps.

Parmi les pilotes F1 qui s’alignaient simultanément en endurance, on retiendra Jo Siffert et Jacky Ickx qui s’y illustrèrent avec un brio sans égal durant de nombreuses années, avec à la clef des hauts-faits devenus légendaires. Tel le duel que se livrèrent Siffert et Pedro Rodriguez, alors coéquipiers en F1 chez BRM et en endurance sur Porsche 917, lors des 1’000 km de Spa en 1971. Partageant la première ligne, ils franchirent le virage de l’Eau Rouge et le fameux Raidillon qui suit, portières contre portières. Durant les 500 premiers kilomètres du circuit de plus 14 km parcourus à plus de 250 km/h de moyenne, jamais l’écart les séparant fut de plus d’une seconde ! Par souci de sécurité et pour assurer le doublé Porsche, le team ordonna de maintenir les positions, à l’avantage de Rodriguez, privant Siffert d’une quinzième victoire en 4 ans dans le championnat du monde d’endurance. La fatalité a voulu que tous deux trouvent la mort en course cette même année.

Jacky Ickx marqua lui aussi l’endurance de son empreinte alors qu’il était encore aligné en Formule 1, et même au-delà. Son premier haut-fait fut sa victoire aux 24 Heures du Mans en 1969 qu’il remporta en doublant le leader dans le dernier tour après avoir pris le départ en marchant tranquillement vers sa Ford GT 40, tandis que tous les coureurs traversaient la piste en courant pour s’engouffrer dans leurs bolides. Le pilote belge protestait contre la dangerosité des départs officiels qui voyaient les voitures s’élancer dans un tumulte fou, certains pilotes n’ayant parfois pas pris le temps de s’attacher. A la fin de sa carrière de F1 en 1979, forte de 8 victoires, Ickx n’abandonna pas l’endurance, étoffant un peu plus son palmarès pour le fixer à 47 victoires au championnat du monde, dont 6 au Mans.

Cependant, dès les années 80, l’endurance perdit peu à peu de son attrait pour les pilotes de F1 en raison de l’augmentation du nombre de Grands Prix et des essais privés. Elle devint alors une sorte de refuge, voire de recyclage, pour d’anciens pilotes de Grands Prix. En tout, ce sont néanmoins près d’une soixantaine de pilotes de Formule 1, plus ou moins chevronnés, qui ont remporté les 24 Heures du Mans.

Champions du monde de F1, vainqueurs au Mans
Les champions du monde de F1 qui se sont imposés aux 24 Heures du Mans ne sont pas très nombreux puisqu’on n’en dénombre que cinq en 69 ans d’histoire. Le tout premier fut Mike Hawthorn, qui remporta les 24 Heures en 1955, l’année de la terrible catastrophe évoquée plus haut et à laquelle il fut indirectement mêlé. Il obtiendra le titre mondial des pilotes 3 ans plus tard, en 1958, suite aux fameuses ‘’années Fangio’’.

Curieusement, l’Américain Phil Hill est le seul champion du monde à s’être imposé au Mans l’année de son titre, en 1961, et le seul aussi à avoir toujours triomphé sur la même marque, Ferrari. La Scuderia lui a aussi permis de remporter deux autres victoires au Mans, en 1958 et 1962, toutes avec le Belge Olivier Gendebien !

C’est au cours de sa première année en Formule 1, en 1965, que Jochen Rindt s’est imposé aux 24 Heures du Mans au volant d’une Ferrari. Le titre mondial des conducteurs lui sera décerné 5 ans plus tard, à titre posthume.

Champion du monde en 1962 et 1968, Graham Hill était sur la fin de sa carrière en Formule 1 lorsqu’en compagnie d’Henri Pescarolo, il offrit à Matra, en 1972, la première des trois victoires consécutives de l’équipe française. Fort de son succès à Indianapolis 6 ans plus tôt, et sans oublier ses 5 succès au GP de Monaco, le Britannique devenait ainsi le seul pilote à s’être imposé dans les trois plus prestigieuses compétitions en circuit du sport automobile.

Un exploit que seul Fernando Alonso pourrait égaler dans un proche avenir. Champion du monde en 2005 et 2006, et vainqueur à deux reprises à Monaco, l’Espagnol a inscrit cette année son nom au palmarès du Mans et il ne cache pas son intention de rejoindre Graham Hill sur les tabelles en bouclant victorieusement les 200 tours de 2,5 miles du Speedway d’Indianapolis !

Pilotes de F1, vainqueurs des 500 miles d’Indianapolis
Il convient de rappeler qu’entre 1950 et 1960 les 500 miles d’Indianapolis comptaient pour le championnat du monde de Formule 1. Cependant très peu de vainqueurs de cette époque se sont alignés en Grand Prix et aucun d’entre eux ne s’y est imposé.

Comme pour les 24 Heures du Mans, les champions du monde de F1 qui ont triomphé aux 500 miles d’Indianapolis sont au nombre de cinq. Et comme Phil Hill au Mans, Jim Clark est le seul qui ait remporté les 500 miles l’année de son (deuxième) titre mondial, en 1965, autant de succès au volant de Lotus.

Graham Hill s’imposa sur le fameux Speedway l’année suivante, soit entre ses deux couronnes mondiales, et Mario Andretti en 1969, soit à ses débuts en F1 et 9 ans avant d’en remporter le championnat.
Quant à Jacques Villeneuve, il a triomphé à Indy en 1995, avant même d’avoir piloté une F1, et deux avant la couronne mondiale acquise en 1997. Le pilote canadien a manqué le graal de peu en terminant 2e des 24 Heures du Mans en 2008.
Enfin, Emerson Fittipaldi, champion du monde en 1972 et 1974, a attendu la fin de sa carrière en Formule 1 avant de s’attaquer à la célèbre course américaine qu’il a également remportée à deux reprises en 1989 et 1993.
D’autres pilotes de F1 se sont imposés sur le fameux circuit d’Indianapolis. On relèvera avant tout Juan Pablo Montoya, vainqueur de 7 Grands Prix et deux fois victorieux à Indianapolis, en 2000 et 2015, sans pour autant ignorer les noms de Mark Donohue (1972), Danny Sullivan (1985), Eddie Cheever (1998), Alexander Rossi (2016) et Takuma Sato en 2017.
Enfin, si Clay Regazzoni (1977) et Jean Alesi (2012) ont aussi tenté, mais sans succès, l’expérience du Speedway, on accordera une mention spéciale à Denis Hulme, champion du monde de F1 en 1967 et 4e des 500 miles la même année, ainsi qu’à Nigel Mansell, champion du monde de F1 en 1992 et vainqueur du championnat américain CART l’année suivante, avec à la clef une 3e place à Indianapolis.

Triple couronne pour Alonso ?
N’ayant plus rien à prouver en Formule 1 après 17 saisons complètes, ponctuées par 22 pole positions, 32 victoires, 97 podiums, deux titres mondiaux et près de 2’000 points marqués, le tout en plus de 300 Grands Prix, Fernando songe depuis quelques années aux fameuses 3 couronnes de Graham Hill. L’an dernier, il a renoncé à participer au GP de Monaco pour s’aligner à Indianapolis où il a impressionné tous les observateurs. Cinquième sur la grille de départ, il s’est mêlé à la tête de la course qu’il a menée durant 27 des 200 tours. Hélas pour lui, une panne mécanique le força à abandonner à 21 tours de l’arrivée alors que ses chances de triompher étaient bien réelles. ‘’Je reviendrai !’’ dit-il en quittant Indianapolis.

En remportant cette année les 24 Heures du Mans, le pilote espagnol a bouclé le deuxième acte du défi qu’il s’est lancé et qu’il a toutes les chances de réussir, près de quarante ans après Graham Hill. C’est vraisemblablement dans cette perspective qu’il a annoncé tout récemment son retrait de la F1 à la fin de la saison 2018.

L’exploit sera alors d’autant plus retentissant qu’il faudra probablement d’autres décennies avant qu’une 3ème pilote atteigne ce niveau de polyvalence.

Editeur:

A à Z Editions
Rue de Lausanne 42
1201 Genève – Suisse
Tél: +41 22 906 77 77

Chef de produit:

Simon Berliere, sb@roadbook.ch
Tél: +41 22 906 77 70

Publicité:

A à Z Editions
Rue de Lausanne 42
1201 Genève – Suisse
Tél: +41 22 906 77 77

Adresse:

Roadbook Magazine Suisse
Rue de Lausanne 42
1201 Genève – Suisse
Tél: +41 22 906 77 77
info@roadbook.ch

© 2016 Roadbook Magazine. | Site web Debray / Huit/Onze