Automobile

Un bel oiseau prend son envol

By 25 octobre 2018 No Comments

Il est communément admis que la 3e édition d’une manifestation est le premier test solide de sa pérennité. Les organisateurs ont dès lors apporté un soin tout particulier aux ingrédients d’une réussite qui inscrit l’événement dans le calendrier annuel des grandes manifestations internationales. Celui qui réunit les meilleurs collectionneurs venus présenter leurs plus belles pièces.

Coppet se démarque des autres rendez-vous du genre. A ce jour, la très grande majorité des voitures présentées viennent par leurs propres moyens et ont un lien avec la Suisse : elles y ont été présentées en « première mondiale » dans le cadre du Geneva International Motor Show, elles y ont été immatriculées pour la première fois ou elles y ont toujours « résidé ».

C’est dans ce sens que travaille le Comité de sélection. L’édition 2018 n’a donc pas échappé à ces impératifs suite au succès de la cuvée 2017 ayant réuni des véhicules hors normes. Le Grand Prix ou « Best of Show », la sublime Avions-Voisin C25 Aérodyne était l’expression même de l’excellence des concurrentes (voir à ce sujet notre édition de mars 2018).

Les défis de l’édition 2018

Les enjeux étaient d’améliorer la qualité de l’accueil du public, des participants, des sponsors et de leurs invités respectifs, ainsi que d’accroître le niveau des automobiles présentées. C’est d’ailleurs l’occasion de noter la présence de nouveaux partenaires, à savoir la maison horlogère Breitling, la banque Julius Bär et finalement Rolls-Royce qui a choisi le Concours d’Elégance Suisse pour l’unique présentation de son 4×4 de luxe, la Cullinan. Ces présences prestigieuses attestent, elles aussi, de l’intérêt croissant pour cette manifestation. Des objectifs atteints à plus d’un titre avec la volonté de développer, d’année en année, la participation du public. Tout au long du week-end, les visiteurs ont été accompagnés par un groupe de chanteuses dont le « swing » cadrait à la perfection avec la thématique de l’année « Les automobiles des années 1920 à 1939, du design à la modernité ».

Venons-en au plateau de l’édition 2018. Nul doute que Mathias Doutreleau et son équipe ont réussi à rassembler sur les pelouses du château de Coppet une collection d’automobiles tout simplement époustouflante, sans parler des partenaires qui ont, eux aussi, joué le jeu en exposant de somptueuses voitures sur leur espace ou en participant au concours pour le compte de clients passionnés.

Des joyaux au château de Coppet

Il est de plus en plus compliqué de présenter des automobiles des années 30 devant un public qui rajeunit. C’est un cap à passer, celui bien connu de la confrontation entre les « anciens » et le « modernes ». Les tenants des modèles « d’avant-guerre » pensent que l’époque de gloire de l’esthétique automobile a été atteinte durant les années 30, et plus particulièrement à la fin de cette décennie. Pour d’autres, c’est la période des années 50-60 et pour les modernistes celle des années 70/80. Tout l’enjeu du Concours d’Elégance Suisse est de trouver le juste équilibre entre ces périodes qui ont toutes leur charme.

Le thème choisi en 2018 illustrait bien ce souhait de transition, notamment en ne présentant pas de classe dédiée aux « ancêtres » (voitures construites entre le tournant du XXe siècle et les années 20). Il convient toutefois de relever la présence d’une remarquable Hispano-Suiza T49 Weyman Saloon de 1927 présentée « dans son jus », donc non restaurée. Outre l’intérêt de constater qu’une voiture peut très bien passer les années dans son état d’origine, cette approche cadre parfaitement avec la volonté des organisateurs d’offrir au public l’émotion d’admirer une voiture telle que le temps nous la propose, sans fards ni rajouts, souvent d’aussi mauvais goût qu’inutiles !

Plusieurs fondations ont honoré le concours de leur présence, ce qui indique clairement que des collections installées dans la durée ont choisi de présenter des joyaux de leur patrimoine. La Fondation Burkhardt a ainsi présenté une Cord 812 SC Phaéton de 1937 dans un état de patine exceptionnelle, voiture américaine mythique des années 30 dont l’acteur Clark Gable a été l’un des illustres clients. La Fondation Hervé et son président René-Charles Rey ont présenté un très élégant coupé Delage D8 120 S de 1938, souvent immortalisé par le public, la Fondation du Musée National de Mulhouse a gratifié le concours de la présence d’une rarissime Bugatti 57 S Atalante de 1937 dans sa livrée noire et jaune du plus bel effet. A noter qu’elle a appartenu à feu Charles Renaud dont la Fondation a, quant à elle, présenté deux pièces qui contribuent, à elles seules, à poser le Concours d’Elégance Suisse parmi les rendez-vous incontournables du calendrier. On ne peut que regretter les pannes qui ont écarté la rare Marmon Type 145 16 cylindres du podium, tant cette automobile illustre le raffinement des années 30. Le très connu collectionneur californien Peter Mullin a présenté une Delage D8 120 convertible de 1937 dans une livrée bordeaux deux tons. La participation d’une aussi prestigieuse collection confirme à nouveau le classement du Concours parmi les grands.

Dans les catégories des années plus récentes, notons la présence de la Jaguar Type E qui révolutionna le monde des voitures de sport en 1961 lors sa première mondiale à Genève. Ce fut une belle émotion pour les passionnés du modèle de pouvoir l’admirer, à quelques encablures de son lieu de « naissance publique », les jardins du Parc des Eaux-Vives. Le propriétaire a d’ailleurs poussé le détail jusqu’à parer la voiture de son immatriculation genevoise d’origine. L’année 2018 célébrait le 60e anniversaire de l’Aston Martin DB4 et les organisateurs ont présenté au public toutes les versions du modèle. Quant au jury, il a retenu un exemplaire se présentant dans une livrée qui souligne la sobriété du design de Touring, associant le classicisme anglais au raffinement transalpin.

Dans le monde des voitures qui marquent l’Histoire, la Lamborghini LP400 occupe, sans aucun doute, une place à part. L’exemplaire présenté cette année par Simon Kidston souligne encore l’extravagance de ce modèle à la livrée violette, produite en seulement deux exemplaires. A noter que le propriétaire a également reçu le prix de l’élégance masculine décerné par The Rake Magazine.

Lorsque le degré de présentation est aussi élevé, le travail des juges demande une très grande connaissance et une vaste culture automobile qui garantissent un jugement irréprochable sur l’état des véhicules présentés. On pourrait s’interroger quant à la pertinence de ne retenir que les critères techniques comme l’exige le règlement « ICJAG » appliqué dans le cadre du Concours d’Elégance Suisse. Cette approche des voitures historiques reste souvent hermétique pour le grand public qui ne s’intéresse guère aux micro-détails qui, au final, sépareront les concurrents. Cette différence d’appréciation nous inciterait à inviter les organisateurs à introduire un classement séparé portant sur la ligne et l’élégance pure, ou d’introduire ce paramètre de façon plus marquée dans les règles du concours de sorte à ce que le résultat final soit plus évident pour le grand public.

L’attribution du Grand Prix ou « Best of Show » illustre bien cette situation. D’un côté, nous trouvons l’époque de fabrication : les représentantes de l’époque dorée de l’automobile, les années 30, sont en effet le plus souvent primées dans les concours, même si le Concours d’Elégance Suisse a été le seul à désigner en 2016 une icône des années 70, la Lamborghini P400 SV. Le choix du jury a tout de même été compliqué pour parvenir à départager des automobiles à l’élégance aussi subtile qu’une Bugatti 57S Atalante, une Ferrari 250 châssis court habillée par Bertone, une Delage D8 120 convertible et une Alfa Romeo 6C 2300 MM de 1939 parée par l’austère carrossier bernois Hermann Graber. C’est cette dernière qui a remporté les faveurs du jury, ultime exemplaire existant des quatre Alfa Romeo 6C carrossées par Graber et, de surcroît, unique exemplaire construit sur un chassis de 6C type Mille Miglia.

Ce Grand Prix illustre bien la complexité de l’exercice, puisque le respect strict de l’état d’origine et de l’esprit du « couturier » qui a habillé un châssis prime sur les considérations esthétiques. La question se pose donc de savoir si nous sommes bien dans un concours d’élégance plutôt que dans un concours d’état, nécessairement plus hermétique pour le grand public. C’est ce choix que devra faire le Comité de sélection qui, nous en sommes certains, saura trouver le bon équilibre. Pour le constater par vous-même, il vous suffit de venir admirer les chefs-d’œuvre automobiles lors de l’édition 2019 du Concours d’Elégance Suisse dont on espère secrètement qu’il revienne un jour à Genève, son lieu de naissance en 1926 ! Une édition qui marquera les esprits puisqu’elle mettra plusieurs anniversaires à l’honneur : les 125 ans de la marque Delahaye, les 100 ans de Bentley, les 100 ans de Citroën, les 100 ans du carrossier Chapron, et… les 60 ans de la Mini !

En avant-première de cette future édition, Mathias Doutreleau avait invité Vincent Crescia de St-Blaise, reconnu pour être le meilleur restaurateur des DS et en particulier des modèles Chapron, à présenter en vedette américaine un coupé « LE LÉMAN » ayant fait sa première apparition au Salon de Genève. Précisons que cette présentation précédait la participation de la voiture au prestigieux concours de Pebble Beach en Californie.

Rendez-vous donc les 22 et 23 juin 2019, RoadBook se fera un plaisir de vous communiquer tous les détails en temps voulu !

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