Samedi 15 juin dernier, 480 bateaux s’élançaient à nouveau dans cette grande messe lémanique que représente le Bol d’Or Mirabaud. « Briefés » sur des conditions météorologiques peu engageantes, ils ont courageusement pris le départ comme des marins chevronnés. En amont de la course, RoadBook était invité à la barre du Psaros 33 MSC, l’un des grands favoris. 

La 81e édition a su faire parler d’elle. Les dieux des vents ne semblaient pas disposés à offrir des airs de cinéma aux concurrents engagés. A la veille de la course, le bruit court que les vents vont se déchaîner. Le météorologue Lionel Fontannaz parle d’orages rapides et violents et même de « pot au noir ». Alors que ces mots résonnent fort dans la tête des marins, il convient de se parer à toute éventualité. Il est d’autant plus difficile de s’imaginer cette situation que les conditions de ce vendredi après-midi à bord du Psaros 33 MSC laissent tout navigateur rêveur.

La banque Mirabaud, sponsor principal depuis 2005 qui fêtait cette année son bicentenaire, a convié l’équipe de Roadbook sur l’un des monocoques les plus rapides du moment pour mettre les journalistes dans l’ambiance. C’est au cœur des pontons où chacun s’active dans les derniers préparatifs que nous avons la chance d’embarquer sur « MSC », un Psaros 33 parfaitement préparé pour l’épreuve. Fidèle à la philosophie de la course qui prône des valeurs d’ouverture d’esprit et d’entrepreneuriat, l’organisation n’a pas hésité une seconde à nous mettre en situation.

Immersion totale
Une fois les présentations terminées, la sortie du port se fait tout en douceur au moteur. Skipper attitré du bateau MSC, Nicolas Groux nous place rapidement aux commandes pour hisser la grand voile noire et entièrement lattée. Plus expérimentée que les autres rédacteurs en chef internationaux présents, je me retrouve à la barre, une place souvent convoitée mais non sans responsabilités. Une fois le génois déroulé et les voiles bordées, le bateau prend appui sur l’eau pour nous offrir une gîte confortable. Large à l’arrière du cockpit, les Psaros 33 sont des bateaux de régate très performants qui restent accueillants. Conçus en fibre de verre et carbone pour un maximum de légèreté et rigidité, ils offrent la sensibilité de grands dériveurs. Toutefois lestés, la quille équivaut au poids de trois ou quatre équipiers. Ils offrent la particularité d’avoir une quille dite « basculante » ,  c’est-à-dire qu’elle est escamotable d’un bord à l’autre pour augmenter la puissance en tous types de conditions de vent. Le poids est principalement rassemblé dans un bulbe, partie située tout en contrebas de la quille du bateau.

Nous testons les possibilités du bateau, alternant à tour de rôles les postes de manoeuvre. L’équipage de journalistes que nous constituons est passionné. Nous sommes tous des navigateurs et par conséquent ravis de profiter de la rade et de l’incroyable spectacle qui s’offre à nouveau en ce jour de beau temps où certains concurrents sont venus affûter leur derniers réglages. Demain, ce sont des employés de MSC qui officieront; le bateau étant spécialement mis à disposition dans l’optique de promouvoir la navigation sur un bateau hautement technologique.

D’un plan d’eau calme à très agité
Samedi, la tension est davantage palpable à la Société Nautique de Genève alors que les concurrents embarquent. Pour être en mesure de tenir dans toutes les conditions annoncées, la liste du matériel est longue. Chacun se prépare à sa manière et rejoint la ligne de départ pour le coup de canon préparatoire. Les airs sont faibles et obligent à envisager une stratégie de course en fonction des risées existantes. Rodés à la navigation lacustre, les participants restent toutefois vigilants dans la configuration annoncée. Le coup d’envoi est donné et c’est un bal de spinnaker multicolores qui emmène les voiliers multicoques et monocoques en direction du grand lac. La matinée offre une course dans laquelle rien n’est gagné d’avance. Au gré des bouffées de vent qui s’affirme de part et d’autre du plan d’eau, la tactique est de mise pour tirer meilleur parti des bords à tirer.

C’est plus tard dans l’après-midi que le ciel s’énerve. Changement d’ambiance radical lorsque tout s’assombrit soudainement. Les concurrents s’équipent et se préparent. Lorsque le ciel est vraiment menaçant, certains prennent l’option de réduire ou même d’affaler la toile alors que d’autres, plus compétiteurs, ne changent rien et profitent de l’avantage de surface de voile exposée au vent pour gagner du terrain. Tout se gâte rapidement. L’orage survient violemment. Les plus expérimentés se sont mis en mode « loups de mer » qui se protègent les voiles baissées pour partir en fuite et les plus téméraires décidés à jouer la gagne se retrouvent en proie des éléments qui se déchaînent. Des voiles se déchirent et des bateaux démâtent avec fracas. Le coup de tabac aura eu raison de certaines embarcations. La course se poursuit toutefois et malgré les embûches, il faut savoir composer avec les obstacles comme le bois mort charrié par le Rhône qui débouche dans le haut lac. La navigation sur le Léman réserve toute sorte de surprises. Mais c’est sûrement pour cela que l’événement reste grandiose depuis 1939. A cette époque déjà, les marins étaient confrontés aux mêmes paramètres. Le matériel plus rudimentaire rendait la course plus longue et même plus aventureuse. Chaque ère connait ses évolutions et nouveaux challenges. Ce qui est sûr, c’est que la voile reste une affaire de femmes et d’hommes engagés, passionnés et totalement impliqués dans leur défis humains et technologiques. Le Bol d’Or Mirabaud fait rayonner plus que jamais une certaine idée du savoir-faire suisse à l’étranger et démontre les valeurs d’excellence et de rigueur au service de la performance que nous cultivons.

Victoire dans des conditions dantesques
Météo Suisse le prédisait depuis 24 heures: un sérieux coup de tabac allait s’abattre sur la flotte du Bol d’Or Mirabaud aux alentours de 17h. Avertissement précieux, et précis: le programme a été respecté à la lettre! Après un départ par un léger sud-ouest, puis un début d’après-midi très agréable, le ciel est tombé sur la tête des concurrents, avec des pointes de vent à 50 noeuds, de la grêle, une visibilité nulle… L’apocalypse! Météo Suisse a enregistré des pointes à 60 noeuds au Bouveret, soit plus de 110 km/h! Le reste de la course s’est déroulé dans des conditions légères et irrégulières, avec un beau soleil et une jolie brise thermique pour ceux qui ont terminé dimanche.

Ladycat Powered by Spindrift Racing a dominé l’essentiel de la course, franchissant la barge du Bouveret en tête, gérant bravement le coup de tabac et contrôlant ses adversaires jusqu’à la ligne d’arrivée, franchie après 10h36’21’’. Le Libera Raffica s’est imposé de haute lutte dans la catégorie des monocoques après 15h53’ de course, devant les Psaros 40 Marguerite Cashmere, barré par François Bopp, et TBS de François Thorens. Lionel Maret, skipper du Modulo 93 Matière Grise, est le grand vainqueur du Bol d’Or Mirabaud en temps compensé (un coefficient qui permet aux plus petits voiliers de régater face aux embarcations plus grandes et rapides).

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