Aéronautique

Une passion dévorante

By 30 novembre 2018 No Comments

Un sourire d’enfant et un regard rêveur… Ces deux caractéristiques résument parfaitement la personnalité d’Amelia Earhart, empreinte d’insouciance juvénile. Une fille un brin garçonne, qui n’a jamais reculé devant le danger. Un caractère bien trempé, qui poussa cette femme à réaliser des prouesses dans un domaine qui n’en était à l’époque qu’à ses premiers balbutiements : l’aviation.

En 1928, Amelia est en effet devenue la première femme passagère à bord d’un vol transatlantique. Quatre ans plus tard, elle fut la première femme à traverser l’océan atlantique en solo. En 1935, elle devint la première femme à rallier seule les Etats-Unis au départ de l’île d’Hawaï. Deux ans plus tard, elle réalisa son rêve : entamer un tour du monde à bord d’un Lockheed Electra. La fin fut tragique, mais personne n’aurait pu empêcher cette femme de vivre sa vie comme elle l’entendait. Une personnalité passionnée, excessive, que tout destinait pourtant à une existence simple et bien rangée, dans une petite ville plantée au milieu de la grande Amérique puritaine. Chronique d’un destin peu commun.

La genèse
La petite Amelia naît à l’aube du 20e siècle, le 24 juillet 1897. La maison familiale était située à Kansas City, mais Amelia et sa sœur Muriel ont passé une grande partie de leur enfance chez leurs grands-parents maternels, dans le comté d’Atchison, au bord du Missouri. La demeure, perchée le long de la rive ouest du fleuve, abrite aujourd’hui un musée (www.ameliaearhartmuseum.org).
Dès l’école primaire, la jeune fille affichait un caractère affirmé et une nature très indépendante. Il était déjà évident qu’elle ne serait pas une épouse servile et effacée, comme le voulait la société américaine d’alors. Dès son plus jeune âge, Amelia était déjà fascinée par les constructions mécaniques, elle pratiquait les sports masculins et rêvait de grands espaces.

Une vision : l’aviation
Le 28 décembre 1920, tandis qu’Amelia venait de rejoindre ses parents en Californie, elle accompagna son père à un meeting aérien à Long Beach, où elle rencontra le pilote Frank Hawks qui l’emmena dans les airs. Ce vol de 10 minutes, qui coûta 10 dollars à son père, fut sa première expérience aéronautique. « Lorsque nous avons atteint deux à trois cents pieds de hauteur, j’ai su que je devais voler », a déclaré plus tard Amelia.
La passion pour l’aviation venait de la saisir au plus profond. Après une série de petits boulots et 1’000 dollars en poche, elle débuta les cours d’aviation le 3 janvier 1921 avec l’instructrice Anita « Neta » Snook sur un Curtiss JN-4. Six mois plus tard, Amelia acheta son propre engin : un Kinner Airster jaune d’occasion, qu’elle surnomma « le canari ». Le 22 octobre 1922, Earhart poussait cet avion à une altitude de 4’300 m, établissant un record du monde pour une femme pilote.

Une image savamment orchestrée
D’après les experts, Amelia n’était pas une pilote particulièrement talentueuse à ses débuts. Mais elle a toujours été valeureuse et hardie, ce qui lui a permis d’établir une série de records. Elle s’est aussi attelée à valoriser la condition des femmes pilotes, notamment à travers l’association « Ninety-nines », qui regroupait 99 pilotes de la gente féminine, et dont Amelia fut la première présidente en 1930.
Quant aux records, le premier n’en fut qu’un demi aux yeux d’Amelia : en 1928, elle devint la première femme à traverser l’Atlantique mais en tant que… passagère, lors d’un vol organisé par son futur mari, l’éditeur George Putman. Le pilote Wilmer Stultz et son copilote Louis Gordon ont mené leur Fokker F.VIIb de l’est du Canada jusqu’au Pays de Galles, en 20 heures et 40 minutes. « Stultz a fait tout le travail, je n’étais qu’un bagage, comme un sac de pommes de terre. Peut-être qu’un jour j’essaierai seule », aurait-elle déclaré lors de l’atterrissage.
Quoi qu’il en soit, elle fut accueillie avec les honneurs lors de son retour aux Etats-Unis et donna un cycle de conférences sur son expérience. George Putman, en bon promoteur, utilisa l’image de l’aviatrice auprès du public, en créant tout un merchandising autour de son nom, y compris une ligne de vêtements pour dames. Le 7 février 1931, Amelia épousa son éditeur qui aurait, selon les dires, dû réitérer sa demande 8 fois avant qu’elle accepte. Le mariage ne séduisait que moyennement cette femme éprise de liberté…

Comme Lindbergh
Amelia a, semble-t-il, gardé un souvenir amer de sa première traversée de l’Atlantique. Son bouillant caractère ne pouvait se satisfaire du statut de passagère. Celle que les médias surnommaient Lady Lindy (en raison de la passion qu’elle partageait avec Lindbergh, mais aussi d’une certaine ressemblance physique avec ce dernier…), voulait effectuer ce vol transatlantique en solo. C’est ainsi qu’à l’âge de 34 ans, le matin du 20 mai 1932, Amelia s’élança de l’aérodrome d’Harbour Grace, à l’est du Canada, à bord de son Lockheed Vega 5b. Son but était d’atteindre Paris. Après un vol ponctué de soucis mécaniques et d’une météo capricieuse, elle atterrit, faute de carburant, dans un champ en Irlande du Nord, après 14 heures et 56 minutes de vol. Ce qui fit d’elle la première femme à traverser l’Atlantique en solo sans escale, seulement 5 ans après Charles Lindbergh. Cette prouesse n’a pas tempéré la fougue de la pilote, qui a continué à courir les records. Mais son but ultime était de bien plus grande envergure : effectuer un tour du monde.

Survoler la planète
C’est grâce au financement de l’Université de Purdue, dans l’Indiana, qu’Amélia a pris possession d’un Lockheed Electra 10, avec lequel elle entama son tour du monde en 1937. Ce n’était pas le premier de l’époque, mais bien le plus long. En effet, les tours du monde s’effectuaient jusque-là à hauteur de l’hémisphère nord, tandis qu’Amelia décida de parcourir la terre d’est en ouest, en suivant la ligne de l’équateur. Soit une distance de 47’000 km. Après un premier décollage raté qui endommagea l’avion en mars, l’épopée fut reportée au 1er juin et s’effectua finalement d’ouest en est, pour des raisons météorologiques.
Amelia s’élança avec un seul passager, le navigateur Fred Noonan. Ils décollèrent de Californie, mettant le cap à l’est. L’équipage survola sans encombre l’Amérique du Sud, l’Afrique, l’Inde et l’Asie. Après une halte en Nouvelle Guinée (Indonésie), le duo prit le ciel en direction d’Howland, une petite île plantée au milieu de l’océan pacifique, à peu près à mi-chemin entre la Nouvelle Guinée et Hawaï. Earhart et Noonan étaient donc proches du point de retour, situé à Oakland, en Californie. Ils avaient couvert un peu plus de 35’000 km lorsqu’ils s’approchèrent de l’île d’Howland, ce 2 juillet 1937…

La chute et les spéculations
Le trajet entre la Nouvelle Guinée et Howland comptait à peine plus de 4’000 km. Mais Amelia et son navigateur n’ont jamais trouvé cette petite île, perdue dans l’immensité du Pacifique… Le contact radio entre le bateau Itasca, dépêché par l’US Coast Guard à Howland et l’avion fut problématique, ce qui a empêché un guidage optimal. Amelia devait pourtant se situer tout près de l’île, comme l’ont révélé les signaux radio. L’avion tourna pendant au moins une heure dans une zone d’incertitude proche de l’île, avant que le contact ne soit totalement perdu. Le gouvernement américain a alors lancé une vaste opération de recherche dans les environs de l’île, rassemblant une dizaine de navires et plus de soixante avions ! Mais les efforts furent vains. Amelia et Fred disparurent à jamais…
En l’absence de traces, cette disparition alimenta diverses spéculations. Certains ont affirmé que l’équipage était en mission d’espionnage pour le compte du gouvernement américain et qu’il était chargé de photographier les installations japonaises du Pacifique. D’après cette théorie, l’avion aurait été capturé par les Japonais…
La thèse la moins controversée est celle d’une erreur de navigation, suivie d’une panne sèche au-dessus de l’océan. L’un des derniers messages reçus par le navire Itasca tend à confirmer cette hypothèse : « Nous devrions être au-dessus de vous, mais nous ne vous voyons pas… Le carburant commence à baisser », avait indiqué Amelia par radio.
L’équipage a-t-il sombré en mer ou sur une île ? L’association « The International Group for Historic Aircraft Recovery » (TIGHAR) penche pour la seconde hypothèse : le Lokheed aurait échoué sur une île déserte de la république des Kiribati, située à environ 500 km au sud d’Howland. Les expéditions menées par TIGHAR font état de la présence de naufragés sur place. Quant au Lockheed, il aurait été emporté par les vagues, ce qui expliquerait l’absence de traces de l’avion. Réalité ou spéculations ? Ce qui est sûr, c’est que l’histoire d’Amelia intrigue et stimule encore de nos jours les imaginations…

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